Economie Informelle en Algerie, 3eme partie

Voici la 3eme et derniere partie ci-dessous de la contribution du Professeur du Dr Abdulrrahmane Mebtoul.  Elle reprend  certains elements d’analyses sur ce sujet parues dans www.algerie1.com .

  1. Instabilité juridique, manque de cohérence dans la politique économique et extension de la sphère informelle

La lutte contre la mauvaise gestion et cette corruption qui se généralise tendant à être socialisée, implique avant tout l’efficacité des institutions et une moralisation de la pratique des structures de l’Etat eux-mêmes au plus haut niveau, niveau de dépenses en contradiction avec les pratiques sociales malgré des discours moralisateurs, avec cette montée de la paupérisation qui crée une névrose collective. Dans ce cadre, la sphère informelle en Algérie est favorisée par l’instabilité juridique et le manque de visibilité de la politique socio-économique. Les entrepreneurs qu’ils soient nationaux ou étrangers demandent seulement à voir clair, du moins ceux qui misent sur le moyen et long terme (investissement inducteurs de valeur ajoutée contrairement à l’importation solution de facilité). Or ils sont totalement désemparés face aux changements périodiques du cadre juridique ce qui risque de faire fuir le peu de capitaux surtout en cette période de crise qui montre le rapatriement massif vers les pays d’origine et orienter les nationaux vers la sphère informelle. Que nos responsables visitent les sites où florissent l’informel de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud et ils verront que l’on peut lever des milliards de centimes à des taux d’usure mais avec des hypothèques car existe une intermédiation financière informelle. Le gouvernement ne peut empêcher cette pratique, ayant fait deux fois   marche arrière. Car,  existe un contrat moral (la confiance) entre le vendeur et l’emprunteur dans les règles de l’art. Les mesures autoritaires bureaucratiques produisent l’effet inverse et lorsqu’un gouvernement agit administrativement et loin des mécanismes transparents et de la concertation sociale, la société enfante ses propres règles pour fonctionner qui ont valeur de droit puisque reposant sur un contrat entre les citoyens, s’éloignant ainsi des règles que le pouvoir veut imposer : exemple les transactions au niveau des frontières pour contourner les myopies des bureaucraties locales, agissant sur les distorsions des prix et des taux de change et le droit coutumier dans les transactions immobilières. On ne peut isoler la sphère réelle de la sphère monétaire, le cours du dinar sur le marché parallèle  dépasse  depuis janvier 2016   180 dinars un euro.  Avec la crise mondiale, l’épargne de l’émigration ayant été affectée (diminution de l’offre) n’explique pas tout, l’explication essentielle étant le grossissement de la sphère informelle (accroissement également de la demande). Le constat est donc amer, pour les petites bourses, en l’absence de mécanismes de régulation et de contrôle, les prix des produits de large consommation connaissent, comme de coutume, notamment à la veille de chaque fête des augmentations sans précédent, les discours gouvernementaux et les organisations censés sensibiliser les commerçants ayant peu d’impacts, prêchant dans le désert, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques. Un grand nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur (agriculture et industries tant pour la production locale que pour les importations) prend des marges non proportionnelles aux services rendus ce qui fait que le contrôle sur le détaillant ne s’attaque pas à l’essentiel. Or, la sphère informelle contrôle quatre segments-clefs : celui des fruits et légumes, de la viande, celui du poisson pour les marchandises locales et pour l’importation, le textile – chaussures. Avec la détérioration du pouvoir d’achat de la majorité car il s’agit d’analyser les liens entre l’accumulation, la structuration du modèle de consommation et la répartition des revenus par couches sociales, enquêtes inexistantes en Algérie. L’inflation est par définition source de concentration du revenu au profit des revenus variables. Il existe  un lien dialectique entre la logique rentière et l’extension de la sphère informelle produit de la bureaucratie et des dysfonctionnements des appareils de l’Etat.

A farmer harvests cauliflowers for sale at the field in Tipaza, west of Algiers, Algeria June 3, 2015. Besides falling energy revenues, Algeria also has a growing number of mouths to feed, with the population put at 40 million and increasing by an estimated one million a year. Main foodstuffs, including cereals, sugar and milk are subsidised, but there is no such help for some products such as vegetables, which keeps prices high. Official statistics show the state imports on average five million tonnes of wheat and barley a year, but that figure appears to be climbing. It hit some 7.4 million in 2014. Algeria last year took its first steps towards opening up the farming sector to foreign investors, inviting bids for 16 state-owned farms focused on grains, vegetables, fruit trees and cattle breeding. Picture taken June 3, 2015.  To match story ALGERIA-AGRICULTURE/      REUTERS/Ramzi Boudina
A farmer harvests cauliflowers for sale at the field in Tipaza, west of Algiers, Algeria June 3, 2015. Besides falling energy revenues, Algeria also has a growing number of mouths to feed, with the population put at 40 million and increasing by an estimated one million a year. Main foodstuffs, including cereals, sugar and milk are subsidised, but there is no such help for some products such as vegetables, which keeps prices high. Official statistics show the state imports on average five million tonnes of wheat and barley a year, but that figure appears to be climbing. It hit some 7.4 million in 2014. Algeria last year took its first steps towards opening up the farming sector to foreign investors, inviting bids for 16 state-owned farms focused on grains, vegetables, fruit trees and cattle breeding. Picture taken June 3, 2015. To match story ALGERIA-AGRICULTURE/ REUTERS/Ramzi Boudina
  1. Liens entre la sphère informelle, l’Etat de Droit et la gouvernance

C”est seulement quand  l’Etat est droit et qu’il peut devenir un Etat de droit.  Quant à l’Etat de droit, ce n’est pas un Etat fonctionnaire qui gère un consensus de conjoncture ou une duplicité provisoire, mais un Etat fonctionnel qui fonde son autorité à partir d’une certaine philosophie du droit d’une part, d’autre part par une assimilation consciente des besoins présents de la communauté et d’une vision future de ses perspectives. La construction d’un Etat de Droit est inséparable du développement des  libertés, seule garantie   de la transparence et ce  dans toutes les sphères de la vie politique, économique et sociale. C’est également une des conditions   de l’instauration d’une véritable économie productive reposant sur l’entreprise créatrice de richesses ce, afin de pouvoir favoriser une saine concurrence et attirer les flux d’investissement nécessaires pour une croissance durable, Il ne suffit pas de crier sur les toits que cette sphère ne paye pas les impôts. Il faut expliquer les raisons de son existence et de son extension et surtout les actions à mener pour son intégration, dans la mesure où la sphère informelle n’est pas le produit historique du hasard mais trouve son essence dans les dysfonctionnements de l’Etat et ce, à travers toutes les sphères, n’étant que la résultante du poids de la bureaucratie et du trop d’Etat au sein d’une économie et du blocage des réformes. Aussi, les obstacles ou la rapidité de la construction d’un Etat de droit et d’une véritable économie de marché concurrentielle qui fait que cette sphère diminue ou s’étend. Cela pose d’ailleurs la problématique de la construction de l’Etat et ses nouvelles missions en économie de marché. C’est faute d’une compréhension l’insérant dans le cadre de la dynamique sociale et historique que certains reposent leurs actions sur des mesures seulement pénales.la taxent de tous les maux, paradoxalement par ceux mêmes qui permettent son extension en freinant les réformes. Cela ne concerne pas uniquement les catégories économiques mais d’autres segments difficilement quantifiables. Ainsi, la rumeur est le système d’information informel par excellence, accentué en Algérie par la tradition de la voie orale, rumeur qui peut être destructrice mais n’étant que la traduction de la faiblesse de la démocratisation du système économique et politique, donnant d’ailleurs du pouvoir à ceux qui contrôlent l’information. L’utilisation de divers actes administratifs de l’Etat à des prix administrés du fait des relations de clientèles transitent également par ce marché grâce au poids de la bureaucratie qui trouve sa puissance par l’extension de cette sphère informelle. Cela pose d’ailleurs la problématique des subventions qui ne profitent pas toujours aux plus défavorisées (parce généralisables à toutes les couches) rendant opaques la gestion de certaines entreprises publiques et nécessitant à l’avenir que ces subventions soient prises en charge non plus par les entreprises mais budgétisées au niveau du parlement pour plus de transparence.

En résumé, sans une vision stratégique d’ensemble de sortie  de la crise multidimensionnelle supposant une profonde mutation systémique embrassant le politique, l’économique et le social solidaires, la sphère informelle ne peut que s’étendre et toutes les mesures ponctuelles s’assimileront à du replâtrage. Car il faut prendre au sérieux la dernière note de la COFACE et ne voir toujours  des ennemis de l’extérieur alors que le mal profond  et la guérison  sont en  NOUS, loin des discours démagogiques. Il est utile de rappeler que la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface), a maintenu la note A4 pour l’évaluation risque pays de l’Algérie, au moment où l’environnement des affaires est classé B et la cotation à moyen terme est coté “risque assez faible lit on dans sa note en 2014. En 2015 toujours dans sa note  qu’elle  maintenait l’Algérie à la note A4. Le 26 janvier 2016, la COFACE   classe l’Algérie, sur 160  pays, à la catégorie B,  dans son analyse annuelle des risques élevés  avec des pays comme la Tunisie.  Où sont  donc les promesses de  certains ministres qui avaient promis une amélioration du climat des affaires ?    Classée depuis 2009 à la catégorie A4, l’Algérie recule d’un cran, de  septembre 2015 à janvier 2016, en raison du faible prix des hydrocarbures  qui continue à peser sur l’activité algérienne selon le rapport “Risque pays 2016. La note B concerne les pays dont les perspectives économiques et financières  présentent des incertitudes et dont l’environnement des affaires peut présenter  d’”importantes lacunes. Cette note rejoint le rapport du Word Economic Forum  de 2016 qui note le peu d’amélioration du climat des affaires en Algérie contredisant  les propos optimistes notamment du Ministre de l’Industrie, déconnecté des réalités tant mondiales que locales. Le rapport note que  l’Algérie  renferme des potentialités pour surmonter cette situation. Mais selon la COFACE, la perte  de  temps  et le   retard  dans  la mise en œuvre  de réformes structurelles rendrait le pays  plus vulnérable à l’avenir surtout si le cours du pétrole est en dessous de 40/50 dollars le baril.

(1)-« Le poids de la sphère informelle au Maghreb et impacts géostratégiques» ( étude réalisée sous la  direction du professeur Abderrahmane Mebtoul pour l’Institut Français des Relations Internationales ( Paris –décembre 2013)  -Voir également  l’intervention du docteur Abderrahmane Mebtoul Unesco/ l’African Training Research Centre in Administration Development , 8 Février 2010 en présence de plus d’une dizaine de Ministres et secrétaire d’ Etat africains et des directeurs généraux et représentants de la majorité des Etats africains, ainsi que des missions diplomatiques et institutions un séminaire international sur la bonne gouvernance en Afrique « vers une nouvelle gouvernance des services publics et des institutions de l’Etat en Afrique face aux nouvelles mutations mondiales ».Ronéotypé CAFRAD /UNESCO

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